Poésies

Bill le dauphin
Bill le dauphin
C’est Bill le dauphin,
C’est un dauphin taquin,
Il file dans l’azurin.
Face au monde marin,
Tel un trait de fusain,
Il n’a pas peur des requins.
Il aime bien les humains
Qui mettent ses frères dans des bassins
Et les emprisonnent dans leurs filins.
C’est Bill le dauphin,
C’est un dauphin taquin,
Il file dans l’azurin.
Face au monde marin,
Tel un trait de fusain,
C’est un dauphin chagrin.
Roger Boubenec

Vincent
Vincent
Il est debout sur mes épaules,
C’est pour toucher le cosmos.
Sur ma tête, il met de l’eau,
Pour faire le cachalot.
Les mots, c’est comme un ruisseau,
Ça coule, même si ce n’est pas à-propos.
Sa tête est ronde comme un cœur qui s’envole.
Il dit qu’il est trisomique,
Mais aussi d’Italie,
Parce qu’il aime les spaghettis.
Il colle des papiers.
Rien n’est sérieux, sauf pour dire adieu.
Comme une bulle, il s’interroge sur autre chose,
Un sentiment profond,
Le cri du papillon.
Ses yeux bleus,
C’est sa mère qui dort dans le ciel.
Roger Boubenec

D'où je viens
Je viens de l'eau qui coulait sur mes pieds de bébé,
Je viens du masque bleu ajusté par mon père, révélant une beauté cachée,
Je viens des longues palmes qui m'invitaient à regarder et à rêver,
Je viens des courants, du froid, de l'océan, du Rhin, du Ghoubbet,
Je viens du courage d'être deux,
De la sangle tendue vers mon binôme nageur,
Dans le noir des ports, sous le sombre des coques,
Je viens du mystère des fonds,
Des tourelles, des scaphandres et des caissons,
Quand toutes les couleurs s'apaisent,
Je viens de l'essentiel,
Je viens de la lueur qui reste.
Roger Boubenec

La fille de l'eau
La fille de l'eau
Elle regarde en haut,
Loin des oripeaux,
Tout simplement parce que c’est beau.
Elle y voit des poissons à tête d’abricot,
Des cachalots et des baleineaux,
Et même des maquereaux, au fil de l’eau,
Parfois des bateaux.
Ce ne sont pas des radeaux de Géricault,
Ni des paquebots,
Mais des gens qui se jettent à l’eau.
La fille de l'eau
Elle regarde en haut,
Loin des oripeaux,
Tout simplement parce que c’est beau.
Roger Boubenec

Remonter le courant
Remonter le courant,
Remonter le temps,
Comme un matin de printemps,
Remonter la lumière,
Comme une prière.
Oublier l'obscur, aller vers l'épure,
Comme enfant, je regardais la lune
Avec mon père, à travers les tentures,
Lever la tète, oublier les tempêtes,
En zigzag, remonter, aller vers les vagues,
Et se réjouir, de pouvoir, peut-être, revenir...
Remonter le courant,
Remonter le temps,
Comme un matin de printemps,
Remonter la lumière,
Comme une prière.
Roger Boubenec

Les Roches Blanches
Des poissons passent
Comme des ombres sous la lumière,
Éclats mouvants,
Fusant entre les pierres pâles.
Je ne bouge pas.
Je regarde.
Tout est simple ici
L’eau file sans mots,
Le temps s’efface.
Des cercles de verre
S’ouvrent dans le courant,
Et moi,
Je glisse dans leur silence,
Comme dans un rêve sans fin.
Roger Boubenec

Des fleurs couleur de sa peau
J'avais dessiné des fleurs de couleur sur sa peau.
Comme un rideau de scène, ses cheveux annonçaient la beauté.
Elle était assise, et se laissait croquer.
Mes arabesques en forme de pétales
Mêlaient les roses et les bleus,
Et ses bras, ses seins, prenaient des airs de jardin.
Son ventre doré portait les fleurs de l'été.
Et mes mains dessinaient.
Elle, calme, toujours assise dans la clarté de son teint.
Ses yeux perdus dans le lointain,
Elle rêvait à des feuilles emportées.
Mes gestes faisaient monter le désir,
Il montait, comme un volubilis.
La lumière semblait vaine, devant pareilles beautés.
Comme un soleil dans le cœur,
Je dessine encore les reflets de ses fleurs.
Roger Boubenec

On se demande où sont les parfums ?
On se demande où sont les parfums ?
La surface est ouverte au bleu turquin,
Au milieu des gorgones,
Il y a des poissons qui murmurent,
On voit s'agiter leur tête,
Au milieu des gorgones,
Ils tournent en rose,
Et se superposent,
Dans un rideau de rayons
On se demande où sont les parfums ?
Roger Boubenec

Père et Fils
Père et fils
En contre-jour rayés par les vagues,
Leurs fronts tournés vers le fond,
Les yeux hardis de bleu,
Ils se brisent en deux,
Des jouets qui s'étirent
Les jambes, les bras, épées dans le clair,
Emmener l'air vers les algues
Loin du ressac et des courants
C'est son père qui lui avait montré,
L'apprentissage vers la mer,
Il montre à son fils qui montrera à sa fille.
Plus hauts au-dessus,
Ce sont les mouettes qui balancent.
Elles sont dans le ciel,
De loin, ce sont les âmes qui éclairent,
Après tant de choses,
D'aller vers la paix, d'aller vers la mer.
Roger Boubenec

Il est différent c'est Vincent
Il est différent, c'est Vincent.
Il a les mains arc-en-ciel de papiers de couleur,
Quand il rit, il met les mains devant et c'est joli,
Il colle des bouts d'affiche qu'il déchire,
Il est différent, c'est Vincent.
Ils disent qu'il est porteur de trisomie 21,
En plus, il est acteur, c'est novateur,
Down Syndrom qu'ils annoncent, mais pas filiforme, Dans les cours d'école, c'était"Mongol",
Dans le bus, ce sont les regards qui jugent, Ce n'est pas pour ses muscles,
Il s'en balance,
Il a des mains arc-en-ciel de papiers de couleur,
Quand il rit, il met les mains devant et c'est joli,
Il est différent, c'est Vincent.
Il a des yeux d'orient, comme ceux du Bhoutan,
Ses oreilles d'hippopotame, ce n'est pas une réclame,
Sa bouche paresseuse, sacré farceur,
Sa langue, qui vous emmerde, et qui déconcerte,
Un chromosome en plus sur le 21, ce n'est pas Babylone, mais il pardonne,
D'autres naissent forts, ils sont capables, ils font la guerre,
D'autre raisonnent et font des bombes et l'atome,
D'autres beaux parleurs oublient les fleurs et la douceur,
Lui, il a des trous dans le cœur, ça porte-bonheur
Il a des mains arc-en-ciel de papiers de couleur,
Quand il rit, il met les mains devant et c'est joli,
Il est différent, c'est Vincent.
Son frère, c'est son "Crawl",
Son père, son copain, c'est le destin,
Dans "travail à 4 mains", ils ne sont pas des crétins,
Dans le soir, il la regarde, il pense à elle, son étoile.
La photo noir et blanc, c'est ça, c'est sa maman,
Dans l'ombre, il l'a vu,
Sa main douce sur sa nuque"pas d'inquiétude petit ours" c'est sa frimousse,
Et dans la nuée des transparences, elle l'accompagne, c'est sa présence.
Il a des mains arc-en-ciel de papiers de couleur,
Quand il rit, il met les mains devant et c'est joli,
Il est différent, c'est Vincent.

Tout en douceur dans la lumière
C'est une douceur dans la lumière
Celle de la mère pour l'enfant
Elle est baleine et veille sur son soleil,
Son petit, qui l'émerveille.
À deux, ils sont un,
Contre les harponneurs et les filets oppresseurs
Et le temps qui attend.
Leurs silhouettes dessinent une veine rose,
Comme une pose,
Avant les abîmes,
Où disparaît la lumière,
Si profondes que jamais leurs échos ne reviennent.
Elle est baleine et veille sur son soleil,
Son petit, qui l'émerveille.
C’est une douceur dans la lumière.
Roger Boubenec

Après la tempête
Après la tempête, un seul poisson restait,
C'était le poisson-perroquet, toujours coquet,
Le vide s'était fait, mais lui, requinqué,
Un vieux poulpe, familier,
Était seul, comme en janvier,
Rien dans sa cachette,
Pas même une crevette.
Après la tempête, un seul poisson restait,
C'était le poisson-perroquet, peut-être intoxiqué,
À force de décortiquer des coraux pollués.
On devinait, dans la lumière,
Son sourire toujours figé,
On le voyait, seul, s'en aller.
Après la tempête, un seul poisson restait,
C'était le poisson-perroquet, toujours coquet.
Roger Boubenec

I don't understand
I don't understand,
Entré dans le voile,
Pour devenir vrai.
I don't understand,
L'eau se dilatait et s'ouvrait,
Réfraction ou miction ?
Tout était vrai.
C'était la faille, c'était l'Espagne,
C'était au fond,
Là où l'eau douce rejoint la mer.
I don't understand,
Une faille, aussi dans mon âme,
C’était l’Espagne.
I don't understand.
Roger Boubenec

Derrière la petite crique
Derrière la petite crique,
Lavé des odeurs du jour,
Je mettais le masque bleuté
Que mon père m'avait donné.
La tête tournée vers les roches,
À la recherche du céphalopode,
Les visions me ramenaient à l'enfance.
Je voyais les poissons, vers les gris de Manet,
Cet enfant que j'étais, aux côtés de mon père aux yeux de mer,
Moi, frêle, lui, maître,
Nous nagions vers le récif,
Sous les roches et les ombres noires.
Ma mère, sur le sable, nous attendait,
Tendresse des vagues et du rivage,
C'était l'été ! Elle avait le regard du bien.
Derrière la petite crique,
Lavé des odeurs du jour,
Je mettais le masque bleuté
Que mon père m'avait donné.
Derrière la petite crique, je plongeais.
Roger Boubenec

La couleur qui me vient
La couleur qui me vient
Lorsque murmure en moi le vent du matin,
J’ai envie de rester
Sur ce chemin, creusé par les pas,
Qui domine la mer brûlée par l’été.
Et je peins la couleur qui me vient.
Roger Boubenec

Sous les signes
Des reines d’eau dorment dans le cristal,
Des mots d’amour sur le dos des poissons,
Des signes secrets qu’il faudrait laisser aller, aller...
Des écailles fêlées où coulent des larmes de perle.
Il frappe le sable pour faire des nuages,
Qui broient son cœur dans des rumeurs lumineuses.
La pierre se fend à force de courant.
Un peu plus vieillit...
Tout en mouvement, il reprend sa course.
Mais cette voie que l'on entend en soi,
Au fond de la mer.
Roger Boubenec

Le scaphandrier 2
Au cœur de l'hiver,
Dans l'eau du port,
Il ne nageait pas ! Il marchait
Dans la vase,
Il marchait
Au cœur de l'hiver
Il élinguait les pièces des épaves,
Ce n'était pas dans l'eau du bidet.
Désensabler les bateaux échoués,
Réparer les quais,
Dans la vase,
Il marchait
Pour trouver la lumière,
Il regardait vers le haut,
À travers le hublot,
Ici pas de contre-amiraux,
Il était matelot.
Au cœur de l'hiver,
Dans l'eau du port,
Il ne nageait pas ! Il marchait
Dans la vase,
Il marchait.
Roger Boubenec

La mer en soi
La mer en soi.
Ce n'est pas simple de vivre
Avec la mer en soi,
Elle fait sans cesse des tempêtes
Et parfois ça nous inquiète.
Mais dès que les poissons sont bleus,
C'est comme le fond de ses yeux,
À travers les algues en dentelle ,
C'est une aquarelle,
On voit la lumière.
Et ces dorades en promenade,
Elle ressemble à des perles en enfilade.
Ce n'est pas simple de vivre
Avec la mer en soi,
Dans les chaussures, c'est plein d'océan
Et de cabestans,
Mais il y a des fleurs de sel.
Au fond de la mer,
C'est comme un Pérugin,
Un câlin en touchant tes seins
Et on oublie les tonnerres
Et la musique de Wagner ;
C'est révolutionnaire.
Ce n'est pas si simple de vivre
Avec la mer en soi,
Elle fait sans cesse des tempêtes.
Roger Boubenec.

L'arbre de vie
Il y a un arbre,
La nuit n’a pas emporté ses feuilles.
Des chenilles y glissent, elles herborisent,
Pas de névrose, le ciel est rose.
Les prolongements des brindilles deviennent papillons,
Les oiseaux très haut parlent à Rimbaud,
Les grillons signent l'air de leurs sifflets.
Les branches, engourdies, penchent et protègent.
Sur le tronc, des tarentes lentes,
Et la température est clémente.
Ici, les amoureux s’appuyaient,
Ils évoquaient leurs amours, c’était leur route.
Il chuchotait son prénom, tout en touchant son téton,
Ils n’étaient pas des santons.
Derrière le vert,
Il y a le ciel qui flamboie,
On entend les chiens qui aboient,
C’est la guerre, c’est comme autrefois.
Et sous la terre, il y a ce que l’on devine :
Les racines, invisibles,
Mais d’où jaillissent des capucines.
Il y a un arbre,
La nuit n’a pas emporté ses feuilles.
Roger Boubenec

L'oiseau sur le barbelé
L’oiseau sur le barbelé
Il est posé sur le barbelé,
L’oiseau au ventre orangé.
Il se moque des frontières et des propriétés,
L’oiseau tout nuancé.
Une toile d’araignée, aux fils organisée,
Luit à ses côtés.
Il a vu le jour se lever sur le barbelé,
Le bleu qui monte,
Ignore ceux qui dressent des barbelés.
Il est posé sur le barbelé,
L’oiseau au ventre orangé.
Une toile d’araignée, au fil argenté,
Luit à ses côtés.
Il a vu aussi le fumier,
Sous les barbelés.
Il sait que le monde est ainsi fait,
L’oiseau au ventre orangé.
Et il chante encore plus fort,
À l’amitié, à l’universalité,
L’oiseau au ventre doré.
Roger Boubenec

EMEISHAN
EMEISHAN
Elle monte.
Des marches, encore, toujours.
La brume violette colle à sa peau,
Le vent lui parle doucement.
Ses larmes sont loin.
Ou peut-être encore là,
Dans les plis de sa charge,
Dans les recoins de ses souvenirs.
Elle a connu les soleils bas,
Les nuits sans lune,
Et l’absence
Ce vide que la montagne seule écoute.
Elle grimpe.
Vers un pli du ciel
Pas après pas.
Parce qu’il y a, quelque part,
une rose légère.
Un oiseau, lunaire.
Une seconde de beauté pure.
Et dans son ventre,
EMEISHAN
Comme un battement
Comme un battement
Comme si le ciel
Était la seule chose
Qu'on n'avait pas encore quitté.
Roger Boubenec

Et la mer toujours qui rugit
Et la mer toujours qui rugit
Tel une figurine immobile, il a l'estomac vide,
Il est assis sur le carton,
Sous le panneau d'où dégouline un hamburger gluant.
Sur le goudron, c'est sa surface,
Autour, des souliers qui piétinent,
Des mâchoires crépitent des crachats,
Il a son île, c'est le carton,
Et la mer toujours qui rugit.
C'est son piège, elle est partie,
Il devient invisible, mais il ne veut pas mourir.
C'est peut-être l'alcool qui l'engloutit,
Il avait une vie avant,
Au réveil, la beauté de son visage,
La tendresse de son corps de femme.
Mais la vie déplace les âmes,
Elle est partie.
Aujourd'hui, il dort où les chiens pissent
Et où le soir leurs maîtres vomissent,
Mais il y a le carton
Et la mer toujours qui rugit.
Pas de musique, mais le bruit des moteurs thermiques et de leurs
Carrosseries.
Et quant la nuit l'enlise,
Quant les ventres dégagent leurs puanteurs éthyliques,
Il s'allonge, sur le sol, sur le carton, il s'endort,
Et la mer toujours qui rugit.
Roger Boubenec

Sous la résonance des vagues
C’est un endroit qui ressemble à la nonchalance,
Où voltige l’écume blanche,
J’y plonge quand la lumière me frôle.
Sous la résonance des vagues,
C’est un endroit plein d’élégance,
Pour oublier son errance,
Où s’enchevêtrent des bleus, lavande,
Des poissons, comme des oranges,
Où patientent des éponges couleur de faïence.
Sous la résonance des vagues,
C’est un endroit qui ressemble à l’indolence.
Qu’on patiente ou qu’on s’ennuie,
Tout tremble :
C’est la mer et son silence,
Sous la résonance des vagues.
Roger Boubenec

Un soir d'été
Un soir d’été
Le ciel brule vers le soir.
Noire est l'écorce du pin.
Au loin,
Le monde s’embrasse dans la violence,
Et on entend la mitraille.
Impassible !
L'horizon avale la lumière,
La nuit s'avance,
vole le jour
sans bruit, lente
Tous semblent éternels.
L’éblouissement !
Flammes, ombre bleue,
Ténèbres pleines de tourments
Et pourtant,
Le chant léger des oiseaux.
Roger Boubenec

À ceux que j'aime, pas encore là
Emporter ces pinceaux,
Comme on emporte une prière,
Dire le monde avant qu'il disparaisse,
Parler, le temps d’une aquarelle,
De ces continents de glace,
Quant la lumière fend le silence
Où vibrent des émeraudes de cristal.
Des éclats de jade,
Suspendu dans le froid
Parler, le temps d’une aquarelle,
Des eaux, qui frémissent,
Et des animaux silencieux du froid boréal.
Dans l’aurore encore grelottante,
Je m’avance sur les dernières glaces,
Me frottant les yeux :
Là où l'eau et la lumière avaient dancé
Il ne restera que des roches sombres
Alors, je repris mon carnet et d'un geste lent
Je traçai un bleu
C'était une façon d'aimer encore,
Une façon de parler à ceux qui viendraient.
À ceux que j’aime,
Pas encore là,
Parler, le temps d’une aquarelle…
Roger Boubenec

Dans le jardin Alexandre 1er
Dans le jardin Alexandre 1ᵉʳ,
Il y a un bassin,
Des lotus semblent y flotter.
Au-dessus, deux bourgeons tombent en cascade.
Bientôt, la lune traversera les pétales,
Un vent léger inclinera les pistils.
Ce sera l'heure,
Une chauve-souris encerclera leur sommeil,
Le gardien viendra fermer les grilles.
Dans le jardin Alexandre 1ᵉʳ,
Il y a un bassin,
Des lotus semblent y flotter.
Roger Boubenec

L'oiseau sombre
L'oiseau sombre
Pour l'entraîner dans sa danse,
Il quitte le fleuve en cadence.
L'oiseau sombre aime la lumière, Son ombre fait rire les rivières.
Quand son aile bleu-noir s'élève,
Dans ses yeux, c’est le ciel.
Alors, dans la lumière et dans la délivrance,
Il s'élève vers la transparence.
Roger Boubenec

je suis un arbre dans le nombre
Planté dans le sol,
Je suis d'écorce et de fibres, mon cœur dessine le temps et la rosée.
Je vis de l'oubli des haches, des tronçonneuses, des mécaniques qui s'agitent,
Je vais vers le soleil et la colère des éclairs.
Je suis un arbre dans le nombre,
Mes ancêtres sont mes racines, qui croisent vers l'humide,
Je parle, en champignons, en particules volatiles, en papillons,
Pour l'hiver, je me dépouille de l'or de l'automne.
Je suis un arbre dans le nombre,
Dans d'autres vies je plongeais dans ces yeux pour illuminer les cieux.
Arbre ! Aujourd'hui, je rêve que des amoureux entaillent d'un cœur mon
écorce,
Que mes feuillages protègent les amants qui s'aiment,
Que des enfants grimpent dans mes branches.
Je suis un arbre dans le nombre,
Au milieu de la forêt confondue,
D'autres au sol brisés retrouvent la terre, mais
Je garde en moi le souvenir de l'arbrisseau que j'étais.
C'est le cycle qui tourne,
Dans le soir deux moineaux sur mes branches se serrent
Et le vent soupire et languit.
Je suis un arbre dans le nombre.
Roger Boubenec

La revanche de la rivière
La revanche de la rivière.
Elle sera verte la rivière,
Ce sera sa revanche
Après les canicules et les hydrocarbures,
Après les nuages de cyanure.
Ce sera sa revanche, elle sera verte la rivière,
On ira comme lorsqu'on était petit,
Sous les pierres, chercher les écrevisses
Qui nous pinçaient les cuisses.
Ce sera sa revanche,
Elle sera verte la rivière,
On ira en barque marquer de nos baisers les ondes saturées,
Sans se presser, s'embrasser,
Tout sera vert, couleurs des prés et des pics-verts,
Ce sera sa revanche,
Elle sera verte la rivière.
Roger Boubenec

Le cheval
Dans le champ, on n'entend que le vent,
Les sabots piétinent les cailloux et la boue,
Pas de sangle ni de joug, il est libre, il est debout.
La poussière monte et dresse ses crins au vent,
Pas de nom, ni de selle pour le cul des cavaliers,
Son cou luisant, étincelle de sueur,
Brillant, noir, il est flamboyant,
Il a dû combattre, pour n'avoir pas de marque
De quelconque cosaque.
Même lorsqu'il vieillit, il hennit,
C'est un appel à ceux qui lui survivent,
Alors, pour sa dernière promenade,
Il s'élance, comme une cascade,
C'est sa ruade vers le levant.
Dans le champ, on n'entend que le vent,
Les sabots piétinent les cailloux et la boue,
Pas de sangle ni de joug, il est libre, il est debout.
Roger Boubenec

L'éblouissement
L'éblouissement !
La forêt, dense, accueillait mon errance.
Je m’étais engagé sur ce chemin,
Où l’ombre portait plus de feuillage,
Que les gris du ciel.
Je ne pensais à rien,
Sinon à la pente fraîche d’un ruisseau.
Puis, soudain, au détour d’un bosquet,
Un massif de pierre surgit dans la lumière.
Un instant suspendu
éclatant, inattendu
L’éblouissement me saisit :
Il portait une promesse
Signe de vie, signe d’espérance,
Dans ce monde où la vie éclate en toutes choses.
Et dans ce silence,
Je sentis une émotion,
Comme si le temps, un instant, retrouvait l'infini.
Roger Boubenec

Première Neige
Sur les branches, des oiseaux surpris,
Du blanc qui les engloutit.
Sous les formes convenues,
On devinera ce qui a disparu.
Ce sera la première neige.
Des fils d’argent glisseront sur la rivière,
Il y aura des enfants et des boules de neige,
Nos gestes prendront des pulls de laine.
Ce sera la première neige.
Sur les vitres, des surprises,
Des flaques dans les sentiers,
Et le froid nous rendra plus gais.
Ta poitrine se blottira en croisant les bras,
Et ma main te surprendra.
Ce sera la première neige.
Roger Boubenec

François Disle
François Disle
Chez François, les tableaux racontent des histoires.
Des notables en cravate qui jonglent avec la syntaxe,
Autour d’un verre de cognac.
Des poissons perdus dans des jardins,
Sous le chant des pinsons.
Il y a des copains qui dessoulent,
Allongés sur la pelouse,
Des hommes de loi
Et même des Tonkinois.
Comme au cinématographe, François s’amuse
À peindre des Luisons aux jolis nichons,
Si beaux qu’ils n’ont rien de maigrichons.
Des marins du port de Toulon
Qui vont saluer la Madelon, aux Mourillon.
Pas de contrainte chez François :
Des gymnastes jouent à cache-cache avec leurs carcasses,
Des ecclésiastiques en soutane
Vont voir les belles Seynoises.
Mais derrière son discours, il y a de l’amour,
Pour Ugette — son double, son parcours, son pourpre, son abat-jour.
François, c’est un brise-glace,
Un inventeur de théâtre.
Il remplace la grimace en sourire,
Comme la myrtille, sans bruit.
C’est tout ça,
Dans les tableaux de François Disle.
Roger Boubenec

Et la glace toujours qui gémit
Et la glace toujours qui gémit
Il ne fait pas nuit, il ne fait pas jour.
Les étoiles s'alignent dans le ciel.
Serrés contre elle, ils sont blottis.
Contre le vent,
Les épaules de fourrure de leur mère les protègent,
Elle n'est jamais à genoux,
Elle cherche le courage,
Cela prend un temps infini de trouver la vie.
Le ciel est vert, fendu par des haches boréales,
Et la glace toujours qui gémit.
Sur la banquise ils marchent,
Le souffle du "progrès" les assassine,
Les sillages des kayaks de peau
Sont devenues tankers d'acier.
Dans le ciel le butane,
Dans la glace les emballages,
Sur le sol leurs frères couchés,
Du silence impossible,
Les flancs secs ; c'est fini.
Le verre des cathédrales de glace craque et s'écrase
Chaque étreinte est leur histoire.
Il ne reste pas longtemps
Mais tant d'amour.
Il ne fait pas nuit, il ne fait pas jour.
Les étoiles s'alignent dans le ciel,
Et la glace toujours qui gémit.
Roger Boubenec

Deux enfants lumineux
Deux enfants lumineux,
Dont le bleu épouse la nage,
Leurs yeux traversent les fonds de cristal.
Des poissons aux éclats de pierre et de nacre
Les suivent : ce sont des retrouvailles.
Deux enfants lumineux,
Sourient comme des printemps,
Indifférents aux siècles de douleurs,
Aux peurs, aux adversités,
Indifférents à la haine universelle
Qui écume le sillage des hommes.
Deux enfants lumineux,
Ils étaient encore dans le ciel.
Ils sont grands, ils sont bleus,
Les voilà, les yeux ouverts.
Dans la transparence qui se révèle,
Loin des abîmes et des ombres,
Là où la mer recueille les égarés
Et les perles de nacre.
Roger Boubenec

Les Dauphins
N’empêchez pas les dauphins,
Ils se retourneraient.
Plus de courbe, plus de volute
Alors, que deviendrait
Ce qui fait le ballet
Dans les bleus et la clarté ?
Ne retenez pas les dauphins :
Ils ne connaissent ni frontière ni silence,
Et leurs souffles dessinent
Les sourires du large.
N’arrêtez pas les dauphins —
Sur leurs peaux glissent des lumières anciennes,
Et dans un dernier bond,
Ils porteraient le chagrin du monde.
Alors, la mer se refermerait,
Orpheline.
Roger Boubenec

Des filles et des fleurs
Quand je regarde,
Les cirrus et les cumulus,
Il me vient en tête des coquillages,
Et des mots d’amour,
Dans le contre-jour,
Et des filles, et des fleurs.
Je pense alors,
À des couleurs d’ailleurs,
À des pierres, à des montgolfières,
Et des filles, et des fleurs.
Me viennent en mémoire,
Les formes des coraux,
Le scarabée bleu sur le mur ensoleillé,
Les tableaux d’Utamaro,
Et des filles, et des fleurs.
Et puis il y a tes lèvres,
Les mots de Françoise Sagan,
Et dans le vent, les rires des enfants,
Et des filles, et des fleurs.
Roger Boubenec

Il dit tout
Tu as un trait sur le cou,
Une tache blanche sur le front,
Une autre sur la joue,
Le nez qui brille,
Tu as des rides,
Des poils ici,
C’est ce qu’il dit,
Il dit tout.
Le temps qui change,
Le temps qui dégrade,
Il dit le trouble,
Tu penses à elle,
Tu y penses encore,
C’est quoi qui coule sur ta joue ?
Tu as mal,
C’est ce qu’il dit, il dit tout.
Les visages qui fuient,
Le son des voix que l’on cherche
Et que l’on perd.
La part d’ombre et de lumière
Qui illumine les cœurs.
Il le dit aussi,
Il dit tout.
Roger Boubenec

Fauve
Ils parlent de tant de chose qu'ils mentent
Ils parlent de tant de chose qu'ils mentent
Fauve est le nom qu'ils ont mis sur le grillage sale,
J'avais des rêves pourtant
De frissonner dans des vallées profondes,
Dormir sur des palmes et des feuilles,
D'être bien, sous l'apaisante épaisseur des branches.
Ils parlent de tant de choses qu'ils mentent,
J'en vois passer des cortèges de gens bien sapés,
Entourés d'enfants énervés
Derrière le grillage de zinc.
Il y a tant d'ombres qui me hantent,
Ils parlent d'équité, de vérité, de paix
En me regardant, moi qui m'éteins, enfermé.
J'aime quand l'orage les chasse,
Sous l'arbre, je me lasse,
Ils parlent de tant de choses qui mentent,
Ils se glosent de bons sentiments devant la vie qu'ils emprisonnent,
D'autres sont pourchassés dans les forêts pour prendre leurs cornes qui les feront bander,
Derrière les grillages, leurs chiens et les reflets de leurs téléphones sacrés.
Fatigué, je vais dans ma grotte factice dessinée par un débile,
Je veux des escarpements, des falaises, des abîmes,
Des espaces lointains, des cascades
Qui bourdonnent dans ma chair, mes muscles, mon cœur
Et sur le sol effondré, il me tarde de retrouver
Les âmes de mes aînés dans le chemin étoilé.
Roger Boubenec

Dans le courant
Comme des poissons indifférents,
La mer nous unit, nous éloigne,
Dans l’inutile, on avance,
On se frôle, on se touche,
On est des milliards
Dans le courant.
Parfois, tout est sombre,
Tout est noir,
On a froid, on est seul
Tout défile :
Le temps, les amours, la vie.
Dans le courant.
Mais il y a le cobalt,
Le cobalt,
Le cobalt,
Et les poissons qui brillent,
Ceux qui s’éloignent, si bleu
Les cheveux, les ondes,
Dans le courant.
Et sans pitié, la mer s’avance,
Comme un signe de craie,
Alors, on glisse vers les transparences.
Dans le courant.
Roger Boubenec

Tais-toi un peu
Tais-toi un peu,
Pourquoi me dire des choses folles,
Alors que les ondes virevoltent ?
Pourquoi m’épuiser de paroles nouvelles,
En bitmoji, Snapchat ou autres loopsiders ?
Le silence est mon école.
Oublie les machines,
Oublie les hashtags, les scrolls blochés,
Et les algorithmes ascétiques.
Si tu peux déplacer le chagrin,
Et les tourments du temps qui passe,
Alors tais-toi un peu,
Et descends,
Descends dans le bleu qui grésille,
Dans le bleu comme ton domicile .
Et"Respire".
Roger Boubenec

Lino Ventura
Lino Ventura
C’était au temps des dialogues d’Audiard,
Des barbouzes, des tontons flingueurs,
Celui des grandes gueules.
Il y avait des hommes qui marchaient sur une plage
Dans L’aventure, c’est l’aventure.
D’autres se déguisaient dans La Bonne Année,
Et l’un pleurait son ami perdu
Dans Les Aventuriers.
Des couleurs violentes éclairaient ton visage
D’homme en colère,
Et le gris de L’Armée des ombres
Continue, encore aujourd'hui
De raisonner dans ma mémoire
Comme Jean Valjean des Misérables,
tu rêvais d'éloigner les préjugés
Sur les êtres porteurs de trisomie 21,
Et tu le fis,
En fondant « Perce-Neige ».
Merci, Lino,
Pour ta droiture, ta pudeur
Toi l'homme silencieux.
Roger Boubenec

Marlou le Mérou
C’est dans ces grottes sous-marines,
Comme des bouches obscures,
Que s’engouffre le mérou Marlou,
Roux comme un sari hindou.
Les yeux gonflés de tout ce qu’il a vu,
Sa visite est muette.
Ce n’est pas par manque de vocabulaire,
Mais par l’absence de sa « Brune ».
Lui, le mérou Marlou, n’est plus sensible
Aux miroitements des jolies girelles
Ni aux raies andalouses.
Il pense à elle, qui est partie
Avec ce grigou de vieux mérou,
Un grand bavard, plein de bagout.
Il est « vent debout ».
Mais elle voulait filer vers les eaux de Corfou,
Admirer les transparences lapis-lazuli
Qui rendent fou.
C’est ainsi la vie du mérou Marlou,
Qui a la peine à l’âme.
Alors, si dans vos plongées, vous passez
Près de sa grotte sous-marine,
Faites-lui un petit coucou…
Il oubliera son grisou.
Roger Boubenec

Avant le soir
Avant le soir
Un pendentif en forme de cœur
Se balance au rythme de son cœur.
C’est Louise.
Des broderies de fleurs glissent
Sur ses épaules.
Ses cheveux couleur d’encre
Coulent sur sa peau blanche.
Son iris dévoile un horizon de bronze.
Bientôt, le soir étendra son parfum
Sur l’instant où Louise s’endormira.
Roger Boubenec

Les deux sœurs
Elles aiment les fleurs,
Toutes les fleurs,
Même les choux-fleurs
qui n'ont que le non de fleur.
Elles sont deux sœurs,
Elles sont en colère.
Car elles entendent les discours racoleurs,
Les voix des falsificateurs
Les mains des saccageurs.
Parfois, elles pleurent,
Parce qu'on épuise la terre,
On marche à l’envers,
On va perdre la mer,
On va perdre la terre,
Notre mère.
Elles sont deux sœurs,
Elles aiment les fleurs,
Toutes les fleurs.
Même les choux-fleurs,
Qui n'ont que le non de fleur.
Roger Boubenec

L'Apnéiste
Quand les temps sont moroses, on peut penser à des êtres lumineux. Jacques Mayol est de cela.
Attiré par le céruléen, il s'en allait la tête en bas
Rêveur, égrenant dans sa course des nautiles transparents.
Pas d'ordre poussiéreux ni esprit de sérieux pour le poisson suprême
Il avait en lui le souffle des pêcheuses de perle d'antan
Mais surtout l'amour de la liberté pour les transparences, bleutées.
Dans ce monde où le plancton a remplacé le photon,
Il ouvrit le sillage en suivant le dauphin,
À d'autres dont je fais partie, amoureux du mystère bleu.
Roger Boubenec

Masque de Fleurs
La tendresse, l'amour, les baisers,
Traversent les masques,
Masque de fleurs
Aux graminées d'espoir, d'haleine, de vie,
Fortifie les cœurs sous des ciels de cuivre.
Prenez soin de vous.
Roger Boubenec

Les visages du souvenir
Dans la lumière,
Ils nous accompagnent,
Les visages.
Ils glissent sur nos pensées,
Comme des comètes,
Ceux que l’on a aimés.
Amis, parents, amours,
Sur un rayon de lumière.
Ton visage,
Toujours.
Tu descends vers moi,
Et je marche.
Roger Boubenec

Bonjour la vie
Merci à l’orange des algues
Sur le bleu profond,
Merci aux poissons arc-en-ciel
Qui traversent le fluide du temps.
Merci à l’imprévisible,
À la naissance silencieuse de toute chose,
À ce frémissement premier
Où le monde commence.
Merci à l’amour,
À la beauté fragile du vivant,
À la poussière qui se souvient,
À l’éphémère
Et au mystère de demain.
Bonjour la vie,
Dans ton souffle discret,
Je te reconnais.
Roger Boubenec

Dans le fond calme
Dans le fond calme où dorment les poissons,
Le rouget semble flotter.
On voudrait entendre un son, un violon,
Une éponge rouge, froissée, soupire d'être endimanchée.
Quelques particules s'échappent,
La lumière frôle et tombe des astres,
Il y a des filaments, c'est sa chevelure qui me frôlait le front quand nous dormions.
Il y a un courant, comme du vent,
Et mon esprit s'emporte en écoutant son cœur absent.
Le bleu, qui fonce, annonce la nuit,
C'est la voix du fond des océans
Dans le fond calme où dorment les poissons.
Roger Boubenec

Dans le fond calme
Je sais des rivières
Creusant le noir des courants,
Perdues dans l’or des fonds,
Aux bords d’argent.
Je sais des arbres
Aux sèves claires,
Aux reflets d'ocres profonds.
Je sais des berges
Où des amoureux s’aimaient,
Où des enfants jouaient
Près de l’eau transparente.
Je sais l’éveil chaud de l’ambre
Et je demeure là
Et tenter de comprendre
Ce qui brule et ce qui demeure.
Roger Boubenec

À travers la vitre embuée
À travers la vitre embuée
Je prends le temps et je reste,
Je regarde le mur, le ciel.
Je prends le temps et je regarde.
À travers la vitre embuée,
Des gouttes d’eau y coulent
Sur des silhouettes,
Comme des souvenirs oubliés
Qui reviennent et disparaissent.
À travers la vitre embuée,
Je prends le temps et je regarde
Des couleurs qui viennent de loin,
Celles qui s’effacent.
Et je prends le temps,
À travers la vitre embuée.
Roger Boubenec